Effets (2007)
Note d'Intention (2007)Allégorie des effets du bon et du mauvais gouvernement à la ville et dans les campagnes, dit « Effets »
une vidéo de Daniel Clauzier
durée : à déterminer
Ce projet concrétise des idées qui me préoccupent depuis plusieurs années.
Quel rôle a l'image dans le pouvoir, et quel pouvoir cette image a-t-elle sur nous?
Le point de départ de la vidéo est une fresque célèbre, peinte par Ambrogio Lorenzetti, sur les murs
du palais communal de la ville de Sienne, vers 1338-39. La vidéo en reprend d'ailleurs le titre.
Une fresque, importante en ce qu'elle correspond à l'apparition de la perspective, les premiers essais empiriques pour donner l'illusion de profondeur et faire oublier le « mur » sur lequel elle est peinte. C'est aussi le premier paysage identifiable de la peinture occidentale, représentant une cité-Etat, et contemporaine des premiers véritables « portraits » royaux. On y trouve des notions philosophiques précises : le bien commun, l'État, la représentation du pouvoir, l'identité, le Sécurité, la peur, la guerre ou l'harmonie, parmi d'autres. En somme, cette fresque
résume assez bien les nouvelles notions de l'être humain et sa place dans le monde telles qu'on pouvait les comprendre au XIVe siècle.
Ces notions parcourent l'histoire des représentations en occident, et on retrouve toujours les mêmes référents à notre époque, comme par exemple dans les films de 100jours: représentation du pouvoir, mise en scène, bien commun, sécurité, limites et manipulation.
La video Effets est donc une version contemporaine de la peinture de Lorenzetti, cherchant à mettre
en scène une allégorie moderne de l'Etat, du sujet, du pouvoir.
Elle se présente comme un début de narration, où un personnage prénommé Laurent (Lorenzetti?) visite un appartement qu'il doit visiblement occuper un certain temps, dans une Sienne du XIVe siècle réactualisée. Par désobéissance, Laurent semble détruire l'illusion filmique, puis 6 autres personnages principaux, nommés Régis, Véronique, Gloria, Thomas, Pascale et Judith le rejoignent dans cette pièce, peut être la Salle de la Paix du Palais communal de Sienne ou alors le même appartement de quelques instants auparavant. Tous les sept, (les vertus de la cité siennoise?), conscients d'être des acteurs dans un film, se retrouvent à jouer : les « tableaux » commencent par une lecture d'un texte inspiré de Daniel Arasse sur le maniérisme en art: le discours est coupé en plans hachurés, pour en obscurcir le propos tout en l'illustrant littéralement. S'ensuivent discussions sur le réel, sur l'identité, sur l'image, et jeux étranges qui composent la majeure partie du film.
Tout est précisément identifié, mais tout semble glisser hors de place : dans ce monde, les comportements ne sont pas
naturels, le son est parfois en décalage, les réactions sont inattendues, et même les acteurs finissent par s'échanger leurs répliques en tenant le scénario de leur propre film. Le décor même est loin d 'évoquer la date où la scène est censée avoir lieu, et ce malgré l'affirmation du calendrier
accroché au mur. Dans une séquence, deux personnages jouent à un jeu dont le but est visiblement de faire match nul. La caméra, voire le caméraman et l'équipe de tournage apparaissent régulièrement en reflet dans les glaces du salon. Les dialogues sont stricts, rigides, artificiels et cérémonieux, (comme le décor bourgeois) chaque personnage lançant des aphorismes ou des adages du style « l'image, c'est le pouvoir », « l'architecture, c'est le pouvoir » ou même « la perspective c'est le pouvoir ».
Les dialogues et les mises en scènes sont inspirées de textes de Daniel Arasse, Louis Marin, Kant,
Platon, Pascal. La mise en scène s'inspire des peintures médiévales, d'art baroque et aussi directement d'une séquence du film « Rameau's Nephew » du canadien Michael Snow, qui est évoquée à la fin (« j'ai entendu dire une fois, dans un autre film.... »).
Je ne cherche pas a affirmer des vérités, j'en serais bien incapable. Ce que je voudrais faire dans ce
film 'allégorique' c'est questionner, remettre en cause des principes concernant notre rapport à
l'image (tel que les 100jours l'ont démontré, de même que les commentaires du site) et la capacité
qu'ont les images de produire du sens, de soutenir le pouvoir, et parfois de nous conforter dans une
vision du monde cadrée.
Daniel Clauzier, septembre 2007
